16 Mars 2023
Tant que nous penserons à eux,
ils seront toujours dans notre coeur!
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Peut-on vraiment se remettre de la mort d’un proche ? De cette mère, de ce père, de ce fils, de cette petite-fille, de cette sœur, de cet ami.e tant aimé.e et désormais disparu.e de ce monde terrestre ?
Le nouveau livre de Jérôme Garcin, Mes Fragiles, a inspiré à Ali Rebeihi cette question, lui qui a vécu en un demi-siècle la mort de son jumeau, Olivier, à l’âge de cinq et demi, fauché par un chauffard, de son père, d’une chute de cheval le 21 avril 1973, puis de sa mère Françoise et de son frère Laurent, à six mois d’intervalle, au temps du Covid-19… Les piliers de sa vie auxquels il a consacré des pages enguisede vibrants monuments aux morts. Jérôme Garcin est notre invité. Il est producteur du Masque et la Plume le dimanche, à 20 heures, sur France Inter, et a donc publié chez Gallimard un court récit beau et dense, Nos Fragiles.
Selon Christophe André, psychiatre et chroniqueur de l'émission, quand les gens sont vivants, ils sont quelque part et quand ils sont morts, ils sont partout. Et ils ne vont plus nous quitter en réalité, sauf si on fait un effort actif pour repousser leur mémoire, pour se désengager de leur mémoire. Pour lui, il faut consentir à la souffrance de cette disparition, et justement ne pas rester inactif.
Jérôme Garcin dit entretenir un lien très fort avec ses morts : "Il faut savoir qu'il y a un mot magnifique du philosophe Alain dans un très beau texte souvent cité sur la mort qui dit que les morts veulent vivre. "Ils veulent vivre". C'est à nous aussi de faire en sorte qu'ils vivent, sans oublier de vivre avec les vivants. Parce que le pire, c'est de préférer les morts aux vivants. Il faut simplement les écouter. Et je peux vous dire que quand on dialogue comme moi avec eux jour après jour, tout en continuant à converser avec les merveilleux vivants dont on partage la vie, je dirais que c'est un privilège."
Jerôme Garcin vit avec les tableaux de sa mère et de son frère Laurent chez lui. "Je ne peux pas vivre dans ces lumières-là sans penser à Laurent, sans penser à ma mère constamment. Mais je dirais que cette vraie conversation est intime et elle est perpétuelle."
Il dit aussi toujours vivre avec son frère jumeau, décédé à cinq ans et demi, qui lui donne de la force : "Depuis la perte de mon jumeau, de mon double d'abord, je n'ai pas cessé d'être un jumeau. On reste un jumeau toute sa vie, même quand on a perdu l'autre part de soi, la part manquante. Ce frère, Olivier, on travaille pour deux, je travaille pour deux, depuis mes six ans. Même à l'école. Je me souviens que je voulais qu'on soit deux et pas seul. Je faisais mes devoirs pour Olivier et pas que pour moi. Et ensuite, quand on m'a dit : 'Tu travailles trop, tu fais de la radio, tu travailles pour les journaux, tu écris en plus. Oui, mais non, à deux, on y arrive. Je vous jure qu'on y arrive et c'est un sentiment, ce n'est pas une figure de style, c'est un sentiment très profond, très sincère, très physique, et d'une certaine manière, très bienfaisant."
Dans son livre, Mes Fragiles, Jérôme Garcin raconte ses disparus, avec qui il vit encore quotidiennement : "Mes fragiles, c'est-à-dire ma mère et mon frère cadet – allusion à une maladie qui est le X Fragile, et dont la famille a été frappée –, je suis convaincu qu'ils sont devenus plus forts. Et que moi d'une certaine manière, passé l'immense chagrin vraiment brutal, parce que quand on perd sa mère et son frère si rapidement, le chagrin est très fort. Depuis qu'ils ont disparu, depuis que j'ai écrit sur eux, depuis que les tableaux de Laurent sont visibles, par les uns par les autres sur la bien-nommée Toile, j'ai le sentiment qu'ils n'ont jamais été aussi présents, que je n'ai jamais autant vécu avec eux et qu'ils me donnent comme auparavant mon père, Philippe, et comme mon jumeau, Olivier, une force incroyable."
Pour Jérôme Garcin, la vraie perte, c'est l'oubli, de même que le silence. Les morts peuvent aussi continuer à vivre dans les livres. Christilla Pellé-Douël, qui a lu le livre de Jérôme Garcin, considère que Mes Fragiles est une porte vers la vie de son frère car sans Jérôme Garcin, elle ne l'aurait pas connue, et ça aurait été bien dommage. L'écrivain n'a pas voulu faire un livre de morts, mais un livre de vivants.
Jérôme Garcin conseille de parler, d'écrire, et de ne pas garder pour soi ses souvenirs, et ses peines : "Je pense qu'on se fait un mal terrible en claquemurant ses secrets, ses histoires, et ses drames. Et moi, j'en ai connus très tôt, et j'ai eu un sentiment de libération quand j'ai commencé à écrire."
Jérôme Garcin, journaliste et écrivain. Il dirige le service culturel de L’Obs, produit et anime l'émission Le Masque et la Plume sur France Inter.
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Je ne sais pas si je lirai ce livre mais
j'apprécie la façon dont il est présenté.
Bon mardi!