16 Février 2023
... qu'importe la façon d'écrire
si c'est le coeur qui parle!
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"C’était un petit carnet, avec en couverture une illustration signée Sarah Kay. Un carnet fermé grâce à cadenas dont j’étais la seule à détenir la clef.
Je ne sais pas ce qu’est devenu ce journal intime mais je me souviens encore de certains écrits, de certaines pensées couchées sur papier. Je me souviens aussi que cet objet était à mon sens le livre que je rêvais d’écrire. Ce n’était pas seulement un exutoire pour l’ado que j’étais. Il devenait le support d’une réflexion, le lieu où toutes les histoires étaient possibles. Oui, c’était cela ce journal intime : le lieu de tous les possibles."
Mais pourquoi ce besoin d’écrire ? Comment expliquer ce sentiment de quasi bien-être ressenti en noircissant des pages ? Au fond, pourquoi écrire nous fait du bien ?
Sonia Feertchak est autrice et anime des ateliers d'écriture, dans lesquels on pleure parfois. Elle dit que l'on peut ressentir une forme de vide après avoir écrit, mais qu'il y a toujours un bien-être qui vient après.
Mais elle ne vise pas que le bien-être dans ses ateliers, car comme le dit René Char, "les mots savent de nous ce que nous ne savons pas encore". C'est ça qui est extraordinaire et magique avec l'écriture et qui peut advenir dans un atelier d'écriture thérapeutique. Selon l'autrice Karen Blixen : "Tous les chagrins sont supportables si on en fait une histoire." Rachel Cusk, l'écrivaine anglaise, s'interrogeait quant à elle : "Qu'est-ce que l'histoire, sinon le souvenir, sans la douleur ?"
Nayla Chidiac, docteure en psychopathologie clinique, dans son livre Les Bienfaits de l'écriture, les bienfaits des mots, cite Saint-John Perse à qui on demandait "Pourquoi écrivez-vous ?" et qui répondait "Pour mieux vivre".
Le journal intime fonctionne très bien aussi dans le cadre d'une écriture thérapeutique, car on n'a pas la crainte d'être lu. Mais l'écriture n'a pas que fonction réparatrice, elle peut aussi être vectrice d'un véritable plaisir.
Selon Sonia Feertchak, il faut différencier le plaisir qu'on a en écrivant et le plaisir qu'on peut éprouver après. Il y a de la joie qui est créatrice lorsque l'on constate ce qu'on a écrit, en relisant par exemple.
D'ailleurs, l'autrice délivre un conseil : "Quand on écrit pour se faire du bien, il ne faut pas penser à la dimension littéraire, il ne faut pas être son censeur. C'est Antoine Blondin qui dit une phrase que j'aime bien : 'Il faut écrire bourré et se relire à jeun'. Il ne faut aucune inhibition, et puis après se relire de façon plus professionnelle. Là, il faut être extrêmement intransigeant avec le texte, pas avec soi-même, mais avec son texte."
Ce peut être un temps pour soi extrêmement important dans nos vies chahutées. Pour Sonia Feertchak, à propos des ateliers d'écriture : "Prendre 2 heures ou 2 heures et demie pour parler d'histoires et parler des personnages comme s'ils étaient réels, c'est un plaisir incommensurable." D'ailleurs, elle conseille à tous ceux qui ont envie d'écrire de réserver 30 minutes par jour, pour ne faire qu'écrire.
La correspondance est un exercice qui peut aussi apporter du plaisir. L'on écrit pour l'autre et pour soi, les deux, soi comme un autre et l'autre comme alter ego. Selon Florence Naugrette, professeure de littérature française, les plus belles correspondances sont des correspondances adultères de couple qui ne peut pas être ensemble. Victor Hugo et Juliette Drouet, ou à la correspondance de Zola avec ces deux femmes, son épouse légitime Alexandrine, et sa maîtresse qui lui a donné des enfants. Simone de Beauvoir avec Nelson Algren ou encore la correspondance de François Mitterrand avec Anne Pingeot. Elle explique : "C'est parce que d'une part, on est dans l'interdit et que les mots permettent quand même d'exprimer ce que la société réprouve. Et puis, parce que les lettres comblent l'absence. Aussi, dans la plupart des cas, un des grands thèmes, c'est de combler l'absence, de tromper l'ennui."
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Je l'avoue:
- écrire un article au quotidien n'est pas pour combler une absence!
Je me fais déjà plaisir en recherchant un thème, une idée, une photo
(merci à mes ami(e)s qui m'en procurent de si belles!)
... et en "brodant" un peu pour les illustrer.
Bon mardi!