27 Novembre 2024
on en voudrait bien nous!
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Pour commencer, je voulais revenir sur une question qu’on me pose souvent sur les réseaux sociaux, à savoir : est-ce que c’est correct de dire « ça neige » au lieu de « il neige » ? Et à chaque fois je réponds la même chose, à savoir que ça dépend du coin dans lequel on se trouve. Dans la grande région de Lyon, d’Annecy à Bourges en passant par Clermont-Ferrand, les parlers locaux ont souvent remplacé « il » par « ça » dans les constructions impersonnelles… il est donc normal de se réjouir ou de plaindre que « ça neige », et non « qu’il neige ». L’origine de ce phénomène est dialectale : c’est comme ça qu’on disait dans les langues régionales du coin, qu’on parlait avant que le français ne devienne langue officielle. Et ça a du sens : quand on dit « ça neige » au lieu de « il neige », on met davantage l’accent sur l’action en cours, comme si on pointait du doigt le phénomène. C’est une manière de rendre l’expérience plus vivante. Et ce n’est pas unique à la neige : on dit aussi « ça caille » pour « il fait froid », « ça pleut » pour « il peut », etc. Qu’en est-il des expressions populaires?
Elles sont nombreuses et souvent poétiques. En français standard, pour désigner une neige abondante, on dira « qu’il neige fort » ou qu’« il neige à gros flocons ». Mais dans les régions, on a bien sûr des métaphores parfois très curieuses : à Grenoble j’ai déjà entendu dire qu’il tombe des « chips », en Savoie qu’il tombe « des têtes de chats ». Dans le même coin, on peut aussi dire que « ça tombe dru », alors qu’en Poitou, on dit « qu’il neige à pien/plein temps ». Enfin un peu loin de chez nous mais j’aime beaucoup l’expression québécoise : « il tombe des peaux de lièvre » (au Québec, en hiver, les lièvres en sont blancs)
Et cette histoire des Inuits qui auraient 50 mots pour la neige, c’est vrai ou c’est une légende ?
Un peu des deux. Les langues inuites disposent effectivement de plusieurs termes pour décrire la neige, mais pas forcément 50 ! Ce qu’on retient surtout, c’est leur capacité à différencier des types de neige en fonction de leur texture, leur utilité ou leur état : neige fraîche, neige soufflée, neige qui fond…
Et dans certaines régions françaises, on a quelque chose de comparable, notamment dans les Alpes et les Pyrénées : Commençons par celles que les skieurs préfèrent : la peuf ou poudreuse dont on a déjà praler ici. Il y aussi le mot moquette qui sert à nommer la neige douce comme du velours, uniforme et peu collante, d’une épaisseur transformée plus ou moins faible. La trafollée désigne cette une neige légèrement compacte, qui a déjà été tracée par des skieurs, ce qui lui donne une texture non uniforme, comme une piste non damée en station. Dans les neiges de moindre qualité, on veillera à ne pas confondre la cartonnée de la croûtée, deux types de neige dont la surface présente une fine couche de glace, la première se cassant en bloc alors que la croutée révèle une fois traversée de la neige fraîche. Signalons enfin différents types de neige mouillée, lourde et granuleuse, typiques du bas des pistes au début du printemps. La boulatche se transforme en tiaffe ou en patchoque si elle est mêlée à de la terre. On peut rattacher à cette même famille la soupe, à laquelle les skis adhèrent mal car elle est trop fondue.
On retiendra que même dans les régions où il neige pas ou peu, la neige a son propre jargon.
J'avoue que je l'apprécie mieux...derrière la vitre...
alors que, enfant,
j'adorais être la 1ère à mettre mes pas
sur cette blancheur immaculée!
Bon jeudi!