12 Juillet 2025
Cet article m'a beaucoup intéressée.
Il y a tant de silences parfois dans les familles...
Comme ce devait être difficile autrefois de trouver sa place,
entre mère et épouse et ...
quel autre choix....?
Adèle Yon, autrice de "Mon vrai nom est Elisabeth" (éditions du Sous-Sol), était l'invitée de France Inter ce vendredi.
Avec 80 000 exemplaires vendus, "Mon vrai nom est Elisabeth" est un succès critique et en librairies. L'autrice Adèle Yon y raconte, après un long travail d'archives et de témoignages, l'histoire de son arrière-grand-mère, internée de force à partir des années 1940. "J'ai découvert un destin plus horrible que tout ce que j'avais pu concevoir", décrit Adèle Yon. "C'est une femme qui est vraiment détruite de plusieurs manières, d'abord par son couple, ensuite par la maternité, le fait d'avoir six enfants en sept ans, et ensuite, par toutes les pratiques psychiatriques de l'époque, les électrochocs, les cures de Sakel, qui étaient des comas à l'insuline. Et finalement, la lobotomie qui advient en 1950 et qui la rend inapte à énormément de choses."
Elisabeth est loin d'être la seule femme à subir ces pratiques dans les années 1940, 1950 et 1960. "J'ai longtemps pensé que la psychiatrie avait agi contre les femmes qui étaient excentriques, qui démontraient des caractères qui peut-être n'étaient pas totalement dans la norme. Et en fait, plus j'y réfléchis, plus je vais à la rencontre des lecteurs et des lectrices et d'autres histoires de famille, plus je me rends compte qu'Elisabeth, comme d'autres, était peut-être simplement une femme qui disait qu'elle était l'égale de son mari. Et que c'est simplement cette posture d'égalité, de dire « je suis là, j'existe et je suis ton égal », qui était inaudible pour une certaine société et pour certains hommes de l'époque." Aujourd'hui, des Elisabeth, il y en a "sans doute encore dans les pratiques psychiatriques, dans la manière dont certaines femmes sont mises à l'écart par la psychiatrisation, pour des raisons qui n'ont rien à voir avec la santé mentale".
Mais la société "est prête" aujourd'hui à entendre ces histoires et à parler de la santé mentale des femmes, "elle a été préparée par plein d'autres lectures, par plein d'autres livres, par les sciences humaines aussi, qui font un travail de fond qui est très important", souligne Adèle Yon. "Et au-delà d'être prête, je pense qu'elle en a besoin. Et c'est peut-être même au-delà de la santé mentale, c'est la question de l'exploration de nos propres histoires familiales et comment les histoires se répètent de génération en génération quand elles ne sont pas mises en lumière, comment le silence protège ces répétitions. Et justement, on a besoin d'aller voir ces histoires familiales pour se libérer de ce joug du destin qui nous serait imposé de l'extérieur et face auquel on serait incapable d'agir."
Bon w-end!